Salaheddine Al Ayyubi

C’est en effet Saladin qui en 1187 libérera Jérusalem (Al Quds), troisième ville sainte de l’islam, après quatre-vingt-dix ans d’occupation franque. Kurde, il se considérait avant tout comme musulman.

Fondateur d’une dynastie appelée à régner sur deux pays majeurs, la Syrie et l’Egypte, c’est en tant que chef militaire, puis souverain musulman, qu’on louera sa magnanimité, même parmi ses ennemis. De manière paradoxale, celui qui a sonné le glas de la présence occidentale en Syrie-Palestine a acquis en Europe une immense réputation de souverain chevaleresque, à tel point qu’il existait au 14e siècle un poème épique sur ses exploits et que Dante l’inclut parmi les âmes païennes des limbes. Alors que les villes franques tombaient entre ses mains les unes après les autres, Saladin permit que les chrétiens puissent regagner la côte sains et saufs, et avec une partie de leurs biens.

À Jérusalem, il rend à l’islam la mosquée Al-Aqsa (devenue entre temps l’église du Temple), mais laisse aux chrétiens le Saint-Sépulcre et rend aux juifs le Mur des Lamentations, ainsi que leurs synagogues, confisquées par les Croisés. Volant de succès en succès, Saladin ne pouvait s’embarrasser de captifs. Confronté à la même situation lors de la prise de Saint-Jean d’Acre, Richard les exterminera. Néanmoins la relation entre les deux hommes était empreinte de respect ; unis par la rivalité, les deux hommes se vouaient mutuellement une grande estime. Ainsi, quand Richard fut blessé, Saladin offrit le service de son médecin personnel, le grand savant juif Moïse Maïmonide ; et quand, à Arsuf, Richard perdit son cheval, Saladin lui fit envoyer deux pur-sang arabes. Lors des négociations enfin, il fut même envisagé de marier la sœur de Richard, Jeanne d’Angleterre, avec Al-Adel, frère de Saladin.

Islam et liberté de culte

L’islam ne force pas les gens des autres religions à se convertir même en terre d’islam, il leur accorde la pleine liberté de demeurer au sein de leur religion, de la pratiquer, de fonder leurs propres temples religieux et de s’y réunir. Cette liberté est inscrite à la fois dans le Coran et dans les enseignements prophétiques que l’on appelle la Sunna. Dans le Coran, Dieu s’adresse ainsi au prophète Mohammed : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur terre auraient cru.  Contraindrais-tu les gens à devenir croyants, (ô Mohammed)? » (Coran 10:99) mais aussi « Dis : La vérité émane de votre Seigneur. Quiconque souhaite croire, qu’il croie; et quiconque refuse de croire, qu’il ne croie pas. » (Coran 18 :29). Les non-croyants et les non musulmans se sont toujours vu garantir leurs droits au sein des pays musulmans, la religion y est totalement libre et non une obligation « nulle contrainte en religion » (Coran 2 :256). Dans un islam correctement appliqué les libertés sont respectées et nul n’a le droit d’imposer sa religion à autrui.

Will Durant a écrit dans son livre “The Story Of Civilization” :

« À l’époque des Omeyyades, les peuples de l’alliance, les chrétiens, les zoroastriens, les juifs et les sabéens, étaient tous traités avec un degré de tolérance que l’on ne retrouve plus aujourd’hui, pas même dans les pays chrétiens.  Ils étaient libres de pratiquer les rites de leur religion, tandis que leurs églises et leurs temples étaient préservés.  Ils jouissaient d’une pleine autonomie, en ce sens qu’ils étaient assujettis aux lois religieuses des érudits et des juges. »

L’islam en Andalousie

Dictionnaire amoureux de l’Espagne.
Auteur : Michel Del Castillo (Académie de Belgique)

En s’enracinant dans l’Occident, l’islam affirmait sa vocation universelle. Lors de l’apparition du christianisme parmi la plèbe et les esclaves de la ville, les auteurs latins demandèrent comment cette religion sémitique, intolérante et fanatique, pourrait s’intégrer dans le panthéon de Rome. En 850 beaucoup se posèrent une question similaire : L’islam est il compatible avec la civilisation occidentale et chrétienne ?

Non seulement l’Islam andalou se révéla compatible avec les valeurs de l’occident, mais il contribua à les élargir. Pour cette raison, Lévi-Provençal, l’un des orientalistes les plus savants, choisit l’expression ‘islam occidental’, dont il défendait la pertinence par des arguments irréfutables.

Questions d’ailleurs biaisée : le christianisme n’appartient pas non plus à l’Occident Gréco latin. Non sans raison, la noblesse Romaine y vit une menace pour l’Harmonie de la Cité, une atteinte aux vertus males qui avaient fait la grandeur de la République et de l’Empire. Pourquoi l’islam serait il plus étranger à l’occident que les deux autres ?
Les modes, les idées, les produits, les hommes eux même qui venus d’Irak ou de Syrie, débarquaient en Espagne, l’Andalousie les digérait, les assimilait.

Les Chrétiens ont leurs prêtres, leurs évêques, dont l’un négocie avec le calife au nom de la communauté : ils possèdent leurs églises, leurs couvents, leurs monastères.

De l’attitude conciliante des califes arabes, deux exemples, un pour chaque religion :

1-pour bâtir la grande mosquée de Cordoue, chef d’œuvre de l’architecture islamique, Rahman III exproprie les chrétiens qui possèdent une chapelle sur le terrain convoité. Le calife achète d’abord le terrain, au prix fort, il en offre ensuite un autre, gratuitement, compensation pour le moins généreuse, afin que les chrétiens puissent rebâtir leur église. Tout ne se passe pas toujours ainsi ? Assurément, mais cela se passe souvent ainsi, on a des centaines de témoignages, tant musulmans que chrétiens.

2-quel est le conseiller le plus écouté, le plus influent de la cour califal ? Il s’appel abu Yusuf Hasday ibn Saprut, il est juif, médecin de la cour. Il gère le commerce extérieur, conduit les négociations avec les ambassadeurs étrangers, rédige les traités.
On doit rappeler que l’arabe fut, pour les juifs, leur langue naturelle. On doit rappeler que tous les chefs d’œuvre rédigés au moyen âge par les juifs le furent en arabe, Maimonide compris.