L’imam Mâlik Ibn Anas

Introduction

L’école malékite est l’une des quatre écoles juridiques les plus répandues dans le monde musulman depuis le deuxième et le troisième siècle hégire.

Cette école, ou madhhab, doit son nom à l’illustre savant, le grand juriste, l’Imâm de Médine, Mâlik Ibn Anas, que Dieu l’agrée. Celui-ci occupa une place saillante parmi les juristes musulmans, excella dans la ville qui reçut la science et la bénédiction du Prophète, et porta le flambeau des sept célèbres juristes médinois : Abû Bakr Ibn `Abd Ar-Rahmân Ibn Al-Hârith Ibn Hishâm, Qâsim Ibn Muhammad Ibn Abî Bakr AsSiddîq, `Urwah Ibn Az-Zubayr Ibn Al-`Awwâm, Sa`îd Ibn Al-Musayyab, Sulaymân Ibn Yasâr, Khârijah Ibn Zayd et `Ubayd Allâh Ibn `Abd Allâh Ibn `Utbah Ibn Mas`ûd.

L’époque de l’Imâm Mâlik  

L’Imâm Mâlik naquit à la fin du premier siècle hégire et son âme retourna à Dieu environ vingt ans avant la fin du deuxième siècle. La première moitié de sa vie s’écoula sous le Califat des Omeyyades, alors que la seconde témoigna des premiers épisodes du Califat Abbasside.

Il vécut ainsi à une période mouvementée de l’Histoire islamique où émergèrent de nombreux courants de pensée religieux et politiques. Divers groupes religieux montèrent sur scène et l’ouverture sur la philosophie grecque, les pensées persanes ou indiennes s’élargit par le biais de diverses traductions.

Enfance et apprentissage des sciences islamiques

Dans son enfance, l’Imâm Mâlik mémorisa le Coran, puis apprit les hadiths prophétiques et les verdicts religieux (fatâwâ) des Compagnons.Il se montra brillant dans l’acquisition des sciences islamiques et se distingua par son excellente mémoire.

L’étape suivante de l’apprentissage de l’Imâm Mâlik fut marquée par son initiation auprès d’un grand nombre de Sheikhs. Selon l’Imâm An-Nawawî, il eut 900 maîtres dont 300 Successeurs, les autres étant des Successeurs de Successeurs. Parmi ses Sheikhs, nous pouvons également citer Nâfi`, le noble Successeur affranchi de `Abd Allâh Ibn `Umar, le grand Imâm Ja`far Ibn Muhammad Al-Bâqir, le juriste et savant-mémorisateur Yahyâ Ibn Sa`îd Al-Ansârî le Juge de Médine, et le prédicateur aux exhortations vibrantes, Salamah Ibn Dînâr Abû Hâzim AsSûfî.

Quelques principes de l’école malékite

La source première sur laquelle s’appuyait l’Imâm Mâlik dans sa jurisprudence fut le Noble Coran. C’est dans les versets de la Sage Révélation qu’il cherchait les jugements légaux et les preuves juridiques. Il estimait que toute personne qui se penchait sur l’interprétation des versets coraniques devait absolument avoir une grande maîtrise de la langue arabe, la langue de la révélation. “Si on m’amène un homme qui interprète le Coran sans être savant en langue arabe, je le punirai très certainement“, disait-il.

Mais la maîtrise de la langue, outil indispensable pour l’exégète, ne suffit pas à elle seule pour puiser les jugements divins dans le Noble Coran. La Tradition du Prophète – paix et bénédiction de Dieu sur lui – illustre les versets, les expose, les explique et en révèle le sens. C’est pourquoi l’Imâm Mâlik voyait en la Sunnah la deuxième source fondamentale de la Législation islamique, conformément à la Parole de Dieu :

“Prenez ce que le Messager vous octroie ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous en.”

“Quiconque obéit au Prophète, obéit à Dieu”

“[…] Et vers toi, Nous avons fait descendre le Coran, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu’on a fait descendre pour eux et afin qu’ils réfléchissent” 

“Non !… Par ton Seigneur ! Ils ne seront pas croyants aussi longtemps qu’ils ne t’auront demandé de juger de leurs disputes et qu’ils n’auront éprouvé nulle angoisse pour ce que tu auras décidé, et qu’ils se soumettent complètement [à ta sentence]”

En outre, les verdicts religieux et les jugements juridiques émis par les Compagnons du Prophète – paix et bénédictions de Dieu sur lui -, occupaient une place importante dans la jurisprudence de l’Imâm Mâlik. Il pensait en effet que la pratique des Compagnons doit être annexée à la Sunnah. Aussi n’est-il pas étonnant de constater que le Muwatta’ de Mâlik compile, à côté des hadîths prophétiques, des verdicts des Compagnons.Lorsque l’Imâm Mâlik manifesta un tel attachement à la Sunnah du Prophète et à la guidance des Compagnons, il devint l’Imâm de la Sunnah à son époque et occupa une place très distinguée parmi les savants de l’Islam.

Il voyait dans le jugement légal émis par un compagnon une preuve solide et une branche de la Sunnah. En effet, soit le compagnon a appliqué un jugement qu’il tient du Messager de Dieu, soit la situation se prêtait à l’ijtihâd, et l’ijtihâd du compagnon découle de l’aiguisement de son sens juridique grâce à l’éducation prophétique qu’il a reçue.

Le consensus juridique, Ijmâ`, est une autre preuve législative considérée par Mâlik. On entend par consensus juridique l’accord des juristes et des savants musulmans sur une question donnée. La religion, ses fondements et ses branches, furent transmis et appliqués à Médine de génération en génération, depuis le temps des Compagnons. Ainsi, la pratique des savants et juristes médinois reflète avec fidélité ce qui fut transmis par les pieux prédécesseurs. C’est pour cette raison, que l’Imâm Mâlik préférait le consensus des gens de Médine aux hadîths dits ahâd.

L’analogie juridique (Qiyâs), la préférence juridique (Istihsân) et la présomption de continuité (Istishâb) constituent également des preuves juridiques pour l’Imâm Mâlik.

Le raisonnement par analogie (Qiyâs) consiste à appliquer pour un cas juridique non tranché par les sources législatives primaires le jugement prévu dans la législation pour un autre cas juridique, sachant que, au fond, la raison juridique qui motive le jugement dans le premier cas s’avère présente dans le second.

Mâlik prenait aussi en considération la réalisation de l’intérêt public (Al-Masâlih Al-Mursalah) et l’obstruction aux prétextes (Sadd Adh-Dharâ’i`).

Par ailleurs, l’Imâm Mâlik prenait en compte l’usage (`Urf) et la coutume (`Âdah). Il s’agit de conventions relatives aux paroles, aux actes ou aux abstentions, répandues parmi les gens et consacrées par l’usage. Le recours à l’usage peut être fait par le savant à condition qu’il n’y ait pas de texte dans le Coran ou la Sunnah tranchant la question et que cela n’entraîne pas de mal ou de nuisance.

Ce tour d’horizon rapide témoigne de la richesse des mécanismes juridiques de l’école malékite. Il convient de noter que la plupart de ces sources législatives sont également considérées dans les autres écoles juridiques sunnites.

Les ouvrages de l’Imâm Mâlik

Le plus célèbre ouvrage composé par l’Imâm de Médine, c’est Al-Muwatta’. Il s’agit d’un ouvrage compilant des éléments de la Sunnah purifiée, ainsi que certaines opinions juridiques émises par les nobles Compagnons, les Successeurs et autres savants parmi les pieux prédécesseurs.

Mâlik rédigea cet ouvrage pendant plus de dix ans et ne cessa de le mettre à jour et de l’enrichir pendant près de quarante ans. Hârûn Ar-Rashîd lui proposa de l’accrocher à la Ka`bah, à la Mecque Honorée, pour témoigner de ses vertus et pousser les gens à s’y conformer. Mais l’Imâm Mâlik déclina cette offre et justifia son refus en ces termes : “Ô Emir des Croyants, quantà accrocher Al-Muwattâ’ à la Ka`bah, [je ne le souhaite pas], car les Compagnons du Messager de Dieu – paix et bénédictions de Dieu sur lui – divergèrent dans les jugements dérivés et se dispèrsent dans les pays, et chacun estime avoir raison.”

C’est ce respect des divergences argumentées et solides en matière de jurisprudence qui poussa l’Imâm Mâlik à se comporter ainsi. Plus encore, Mâlik vit en ces divergences, basées sur des preuves tangibles, une miséricorde pour les serviteurs de Dieu : “Ô Emir des Croyants, la divergence entre les savants est une miséricorde de Dieu envers cette communauté”, dit-il.

Il convient de noter que cet ouvrage n’est pas un recueil de Hadîth au sens classique du terme. Il s’agit d’un ouvrage de Fiqh où l’Imâm Mâlik souhaita exposer les opinions qui relèvent du consensus dans la jurisprudence médinoise, s’appuyant sur des preuves issues de la Sunnah considérée et appliquée à Médine. C’est dans cette perspective qu’il déclina les questions juridiques.

Décès de l’Imâm

L’Imâm Mâlik tomba malade pendant vingt-deux jours. La nuit de son décès, Abû Bakr Ibn Sulaymân AsSawwâf vint dans une assemblée lui rendre visite et s’enquérir de son état de santé : “Comment te sens-tu aujourd’hui ?”, demanda-t-il au juriste de Médine. Mâlik répondit : “Je ne sais quoi vous dire. Demain, vous verrez du Pardon de Dieu ce que vous n’aviez pas prévu.” Peu de temps après, l’Imâm Mâlik rendit son âme bénie.

Il décéda à Médine le 14 Rabî` Al-Awwal 179 A.H., selon l’opinion la plus correcte, et fut enterré au cimetière d’Al-Baqî`.

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Les deux écoles de pensée ou méthodologies de l’islam

Les frontières du monde islamique s’étaient largement étendues aux premiers siècles de l’hégire, la vie matérielle voyait son cercle s’étendre et la nécessité d’apporter des réponses religieuses à des questions originales se faisait croissante, compte tenu de la diversité des peuples ayant embrassé l’islam. Les opinions juridiques se multiplièrent et deux principales écoles ou méthodologies se dégagèrent :

Les Gens du Hadîth :

La première méthodologie, celle des Gens du Hadîth, prônait l’application stricte et rigoureuse du Coran et de la Sunnah, mettant l’accent sur la lettre et la narration. Cette École eut de nombreux adeptes et trouva une terre fertile dans le Hijâz en général, et à Médine en particulier. En effet, cette méthodologie était en harmonie avec la vie à Médine, la ville du Prophète : une ville fortement attachée aux enseignements du Prophète et ayant préservé sa simplicité et son climat sain. Médine se dressa longtemps comme un rempart devant les idéologies sociales et politiques étrangères issues des nombreuses conquêtes islamiques et du contact avec de nouveaux peuples et de nouvelles cultures.

Les principaux adeptes de cette école sont :

  • L’imam Malek Ibn Anas
  • L’imam Chaafii (élève de Malek) pendant sa période à Médine
  • L’imam Ahmad Ibn Hanbal
  • Soufiane Athaouri
  • Assad Ibn Al Fourat (Malékite)

l’Ecole de l’Opinion :

La deuxième méthodologie, l’Ecole de l’Opinion, plus interprétative que la précédente, prônait également l’attachement, le respect et l’application du Coran et de la Sunnah, mais mettait davantage l’accent sur le rôle de l’intellect dans l’appréhension et l’interprétation des énoncés ainsi que dans la déduction des jugements légaux selon les règles de cette discipline. Cette école s’était fortement répandue en Irak qui était, à cette époque, le foyer scientifique musulman le plus actif. L’Irak était fort d’une histoire scientifique riche ; le recours à la recherche et à l’analyse rationnelle était devenu familier dans l’environnement irakien, confronté à diverses cultures, notamment la culture persane où foisonnaient les idéologies et les philosophies. Cette école a vu le jour après l’apparition de plusieurs Hadiths attribués au prophète qui ont été créés de toute pièce pour discréditer cette religion par les ennemis de l’islam qui se sont résignés à l’idée qu’il était impossible de combattre cette oumma par les armes, il fallait selon eux la détruire de l’intérieur. Cela a rendu les savants religieux de ces contrées un peu méfiants vis à vis des hadiths et très à cheval sur l’origine des paroles du prophète et de ses compagnons.

Les principaux adeptes de cette école sont :

  • L’imam Abou Hanifa
  • L’imam Chaafii (élève de Malek) pendant sa période en Irak et en Egypte
  • Ibrahim Annakhîi
  • Rabia Array
  • Abou Moutiî Al Balaghi

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Cheikh Nasser-Eddine Al Albany

Son enfance et sa jeunesse :

Abou Abderrahmane Muhammad Nasser-Eddine Al Albany est né à Shkoder en Albanie, en 1914. Son père, grand conservateur lui enseigna lui-même le Coran, la récitation (tajwid), la grammaire arabe et la conjugaison, le fiqh hanafite et les différentes branches de la religion avec l’aide des ouléma locaux. En même temps, il gagne sa vie en travaillant comme horloger, métier qu’il apprit de son père.

Dès son jeune âge sa famille migre en Syrie (Damas) puis se rendit plus tard à Médine (Arabie Saoudite), Beyrouth (Liban) et enfin en Jordanie où il mourut en 1999.

Sa passion pour le hadith et la sounna :

Cheikh al Albany se dirigea vers la science du Hadith alors qu’il n’avait que 20 ans. Il décida malgré l’avertissement de son père de se spécialiser dans le hadith et de suivre une voie scientifique à la recherche de preuves pour authentifier ou au contraire abroger les hadiths qui étaient utilisés par de nombreuses sectes pour valider leurs hérésies.

Il devint rapidement la référence absolue de son époque dans les sciences du hadith et certains dirent de lui qu’il raviva la flamme des anciens savants tels que Ibn Hajar. Le jeune muhaddith étonnait par son intelligence, ses larges connaissances, son assiduité, sa méthodologie et son style d’écriture.

Il lui arrivait de fermer sa boutique pour aller à la librairie Adhahirya pour y rester douze heures sans se lasser de la lecture, des annotations et de la vérification (sauf pour les Salâts) et souvent il mangeait simplement dans la bibliothèque. Puis la direction de la bibliothèque décida de lui réserver une pièce pour lui seul et de lui donner la clé de l’établissement. Il venait tôt le matin avant les employés et ne repartait qu’après la prière du ‘Icha.

Il voyageait aussi beaucoup et donnait des conférences un peu partout en Europe et dans les pays arabes. Il s’est vu offrir de nombreux postes importants dans les universités de théologie notamment en Arabie Saoudite, en Egypte et en Inde mais s’excusa par manque de temps, il dédia tout son temps à ses travaux et il fut l’un des théoriciens de la Salafiya ou Manfaj as-Salaf qu’il défendit contre ses ennemis extérieurs (ses détracteurs) et intérieurs (ceux qui prétendaient y appartenir).

Ses épreuves et son emprisonnement :

Le cheikh a eu de grands débats avec les cheikhs des autres groupes. Il subit une grande opposition de la part de beaucoup de cheikhs fanatiques de leurs écoles et surtout des Soufis et des charlatans innovateurs qui retournaient la masse contre lui en prétendant qu’il était un Wahhabite égaré, alors qu’au même moment des savants connus de Damas étaient d’accord avec lui.

Ils ont retourné le gouvernement contre lui et il fut emprisonné à deux reprises pour quelques mois. Il mourut en 1999 et fut enterré après la prière du ‘Isha. Des milliers de personnes ont prié à son enterrement.

Quelques unes de ses œuvres :

  1. Al-‘Aqidah at-Tahawiyyah, sharh wa ta’liq
  2. At-Targhib wa’t-Tarhib (Volumes 1–4)
  3. At-Tasfiyyah wa’t-Tarbiyya
  4. At-Tawassulu: Anwau’hu wa Ahkamuhu
  5. Irwa al-Ghalil (Volumes 1–9)
  6. Sahih wa Da’if Sunan Abu Dawoûd (Volumes 1–4)
  7. Sahih wa Da’if Sunan at-Tirmidhi (Volumes 1–4)
  8. Sahih wa Da’if Sunan Ibn Maja (Volumes 1–4)
  9. Sifatu Salati An-Nabiyy
  10. Silsalat al-Hadith ad-Da’ifa (Volumes 1–14)
  11. Silsalat al-Hadith as-Sahiha (Volumes 1–11)
  12. Salat ut-Tarawih (dont il publié plus tard un résumé nommé Qiyamu Ramadhan)
  13. Salat un-nabawi (A la lumière des ahadith authentiques)
  14. Talkhis Ahkam al-Janaez